A propos des œuvres ...

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Manuel CHAUVEHEID est né à Paris en 1961, mais sa famille est originaire de Belgique où un village porte son nom. Sa formation de jardinier lui a permis d'acquérir une connaissance intime de notre planète. Il lui arrive d'ailleurs souvent d'incorporer de la terre, des débris végétaux ou de la tourbe (ramassée dans les Fagnes, en hommage à ses ancêtres) à ses tableaux.

Son œuvre est une exploration des frontières mouvantes et fréquemment imperceptibles entre figuratif et abstrait, entre matériau et matière, entre vie et mort. On y reconnaît souvent une forme masculine ou féminine, incrustée dans la peinture comme un fossile dans la pierre .Cette empreinte, grattée, minée, boursouflée ,noyée, s'impose, tenace ombre portée d'un corps irradié, comme le souvenir confus d'une époque lointaine et cependant si proche .Dans d'autre tableaux le corps a disparu ,il ne reste qu'une béance dont on ne peut décider si elle s'ouvre ou se referme. Dans d'autre cas encore on reconnaît des fruits des poires le plus souvent, agrandies,  ombreuses, mythiques, serrées les unes contre les autres.

Les couleurs retenues sont les couleurs de la terre et de la tourbe ;ocre, charbon, ambre, brûlé, lave, gris, cinabre, mêlées ou superposées à de la cire. Ces strates minérales ou végétales, alluviales et telluriques, nous rappellent que la peinture résulte d'une alchimie.

Les peintures de Manuel Chauveheid sont des « précipités »,leurs couleurs y sont des matières, fuligineuses encore vives comme on le dit de la chaux. Les corps, ou les ombres des corps, qui sont représentés, incomplets (peut être démembrés) ne font qu'affleurer, crever la peau de cet espace volcanique. Les amateurs de symboles y verront sans doute quelque évocation du limon originel de l'engloutissement sous la cendre de Pompéi, ou de l'anéantissement nucléaire de Hiroshima et de Nagasaki.

L'œil, tout d'abord sidéré, ne sait par quel bout commencer. Puis il erre, revenant sans cesse aux lignes de fracture, indécises, mouvantes, qui séparent théoriquement la forme du fond, mais qui ici, se fondent dans une série de catastrophes minuscules, reflets sans doute de cataclysmes plus gigantesques.

       Jean Loup ROY      Juin 2000





                                                                             tout droits réservés ©Jean -Loup Roy Juin 2000

                                                                             

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